Sentiment, ressenti et sensation : introduction

Cela fait déjà quelques paires d’années que je partage mes expériences, que j’échange avec d’autres citoyens du monde, qu’ils aient le statut d’expatrié ou de voyageur au long cours.

Néanmoins il a été toute une époque où je n’osais pas parler de sentiment ou de certains ressentis, sans doute peur de passer pour un expatrié illuminé aux pulsions mystiques farfelues. Mais avec le temps , quelques cheveux gris et d’avantage de confiance en moi, j’ai commencé à parler de certaines sensations ressenties sporadiquement au cours de ce quart de siècle d’expatriation. Et force est de constater que je ne suis pas le seul à avoir connu cela.


Le sentiment d’être un privilégié

Bon oui d’accord, le fait d’avoir le temps et les moyens de voyager à travers le monde ou de s’expatrier sur un autre continent sont déjà des privilèges en soi. Mais ici je parle plutôt des privilèges d’un instant donné, cet instant particulier où ton être semble à la fois habité par une plénitude apaisée et la sensation d’une joie intérieure explosive mais pourtant totalement contenue. Pas facile à décrire une telle sensation, un tel sentiment.

Je me rappelle de cette première fois, c’était en Guadeloupe. Je ne sais plus pour qu’elle raison mais un jour je me décide de faire une trace peu connue aux abords du parc national. J’y avais déjà été avec un ami qui faisait du canyoning, je connaissais bien l’endroit, j’avais fréquenté cette trace quelques fois avec des amis, des petits groupes, des visiteurs. Mais cette fois j’étais seul.

sentiment, expatriation en Thaïlande, vivre en Thaïlande, travailler en Thaïlande, s'installer en ThaïlandeAprès avoir longé une bananeraie, la trace s’enfonce dans la forêt tropicale. Trace bien visible, parfois glissante mais il y avait toujours les énormes racines des “acomat boucan” comme marches d’escalier naturelles. Au bout de cette trace, une rivière limpide qu’il fallait remonter, parfois la slalomer, afin de suivre le sentier balisé par deux traits de peinture sur quelques arbres. Au loin on entend le bruit d’une chute d’eau. C’est le point d’arrivée, une superbe cascade de près de vingt mètres qui plonge d’abord dans une baignoire naturelle avant de se déverser dans un vaste bassin, lieu de vie des crabes de rivières et de quelques poissons aussi vifs que discrets.

Je m’assieds au pied d’un gommier blanc et je gratte un peu de résine qui suinte de son écorce. Je ne me lasse pas de cette odeur faisant penser à des bonbons des Vosges. Si on la brûle cela encense la maison avec l’avantage de faire partir les moustiques.

Me voilà donc assis, seul, au pied de cet arbre, regardant le ballet de l’eau percutant ou caressant les roches, m’enivrant du calme brouhaha de la nature environnante. Cela faisait déjà plus d’un an que j’étais expatrié en Guadeloupe, que je mesurais ma chance de vivre sur une telle île. Mais là ce n’était pas la même chose, c’était bien plus fort, plus puissant que tout ce que j’avais connu, pas une simple chance mais un privilège, ce privilège de vivre un moment unique, exceptionnel, sans doute du fait que j’étais seul. Enormes bouffées de joie intérieure, les yeux secs et pourtant l’impression d’être heureux aux larmes. Une sorte de plaisir égoïste, le moment où l’on sait que jamais on ne pourrait revenir en arrière, retourner aux moments cloisonnés, routiniers et “horodatés” du vieux continent. Sentiment de plénitude.

Depuis lors j’ai vécu d’autres moments exceptionnels, d’autres instants magiques et uniques. Et c’est depuis peu que je sais qu’il ne faut pas être expatrié pour connaitre ces instants de joie intense, instants que beaucoup connaissent le soir, quand ils entrent doucement dans la chambre de leur enfant. Vous savez quand vous approchez sans bruit, que vous surveillez que la couverture se soulève bien au rythme de sa respiration. Quand vous ne pouvez pas décrocher votre regard de sa jolie petite frimousse, que vous avez une envie irrésistible de l’embrasser, que vous avez cette joie euphorique et tendre qui envahit tout votre être, cet instant où vous vous sentez un privilégié de la vie. Sentiment indescriptible d’une vie sereine et profonde.


Déchirement du départ, certitude que ma vie est ailleurs, sentiment d’incompréhension.

Ici les deux cas de figure génèrent finalement le même sentiment. Il y a ceux qui découvre un pays, parfois un peu par hasard, juste un autre pays parmi tous ceux déjà visité, et pourtant c’est le coup de coeur absolu, la certitude que c’est là qu’il faut poser son baluchon, que c’est le seul endroit sur terre où vous pourrez enfin sortir de votre chrysalide, certitude que c’est votre “terre promise”.

Et puis il y a ceux qui n’ont pas trop voyagé, juste des petites escapades dans des pays limitrophes, une traversée de la Manche, un weekend à Amsterdam, un voyage organisé à Rome ou une croisière en promotion pour découvrir les côtes de la Méditerranée. Des sédentaires par la force des choses, par les limites dictés par leur statut d’étudiant, ou leurs impératifs financiers, ou professionnels, mais des sédentaires persuadés que leur vie est ailleurs, un ailleurs plein de rêves, d’aspirations, d’espoirs.

sentiment, expatriation en Thaïlande, vivre en Thaïlande, travailler en Thaïlande, s'installer en ThaïlandeEn tout état de cause le plus dur est de revenir ou de rester au pays. Rien de plus terrible que d’être bloqué dans son quotidien dès lors que l’on sait, que l’on est persuadé, que notre avenir, notre équilibre et notre bonheur sont ailleurs. Encore plus dur quand vous vous rendez compte que personne ne partage votre avis, que les gens ont tendance à transposer leurs craintes du changement dans votre projet. L’impression d’être incompris, la certitude d’être de plus en plus isolé, de vous sentir un étranger dans votre propre pays, voire au sein même de votre famille. Vous devenez de plus en plus irascible, le mal être vous gagne et renforce votre certitude que votre équilibre et votre avenir dépendront de ces lieux lointains qui bercent tous vos rêves et vos aspirations. Sentiment de frustration, d’incompréhension.

Néanmoins attention de ne pas vous enfermer dans des certitudes illusoires. S’expatrier certes, mais pas n’importe où, n’importe comment, à n’importe quel prix. Il faut apprivoiser vos désirs légitimes de départ, de changements, freiner votre sentiment d’urgence, votre désir impérieux de tout plaquer et de partir à l’aventure. Il fût une époque où l’on pouvait en effet tracer sa route, se reposer sur son adaptabilité, sur sa différence. Maintenant il est plus facile de voyager, plus facile de communiquer et parallèlement plus difficile de s’expatrier.

Tout d’abord ne pas confondre expatrié et aventurier. Laissez tomber le mythe de la plage dorée, de la cabane dans les arbres, de la main tendue pour cueillir une noix de coco et s’abreuver de son eau, des douches sous une cascade limpide et de poissons fraîchement capturés et grillés sur des braises en admirant le coucher de soleil. En réalité c’est la galère pour ouvrir une noix de coco et les plages deviennent souvent un véritable cauchemar dès que le soleil disparait à l’horizon. Moustiques, insectes, puces des sables,

sentiment, expatriation en Thaïlande, vivre en Thaïlande, travailler en Thaïlande, s'installer en ThaïlandeBref, tout cela pour dire que l’expatriation n’est pas synonyme de “vivre de Robinson et d’eau fraîche”. Avant de vous lancer dans l’aventure il faut quand même checker des éléments importants tels que les contraintes liées aux visas, à l’obtention du permis de travail. Le pays est il sécurisé pour les étrangers, disposerez vous d’hôpitaux et de personnels aptes à vous prendre en charge en cas de pépin, quelle est la qualité des routes, du réseau internet, maitrisez vous la langue du pays,…? Ha oui, en parlant de langue, certains francophones optent pour des pays ou des départements d’outre mer où le français est la langue officielle. Attention que nombre de ces régions ont un chômage bien supérieurs à ce que connaissent les pays du vieux continent et d’autres désagréments qui rendent la vie parfois pénible sur place. Je me rappelle, en Guadeloupe, l’horreur d’être pris en otage lors des grèves fréquentes, une poignée d’homme suffisant à bloquer l’axe principal de l’île ou le dépôt de carburant. Actuellement cette île aux belles eaux est en proie à des coupures d’eau régulières pouvant perdurer plusieurs semaines. Imaginez, un pays tropical sans eau… N’oubliez pas non pus les contraintes météorologiques. J’ai vécu quelques cyclones, des tremblements de terre, des inondations, une éruption volcanique, des sécheresses, … de quoi vous faire rendre compte que vous êtes bien peu de chose face aux éléments, que vous pouvez tout perdre du jour au lendemain, ou vous retrouver isolé sans aide et contacts extérieurs pendant plusieurs jours.

Bref beaucoup on tendance à idéaliser leur future expatriation et c’est une erreur. Cherchez les points négatifs, les écueils, les problèmes potentiels, et voyez si vous pourrez y faire face, et comment. Ainsi pas de désillusion. Dans un premier temps prévoyez de rester sur place quelques temps, pour voir si vous vous adaptez, si cela correspond à vos attentes, si le boulot que vous espériez est maintenu,… tout en maintenant une porte de sortie, la possibilité de revenir en arrière si nécessaire. C’est pour cela que le concept de l’année sabbatique peut parfois être une excellente alternative pour tous ceux qui ont des désirs d’expatriation mais qui veulent le faire dans les meilleures conditions. On ne s’expatrie pas pour galèrer, sinon cela ressemble d’avantage à un exile. Non on s’expatrie pour trouver un lieu qui correspond d’avantage à nos valeurs, à nos aspirations, on s’expatrie pour avoir une vie meilleure, on s’expatrie pour vivre, pas pour survivre.


Sensation de réincarnation, impression d’avoir déjà vécu ici

Bon, je me suis un peu éloigné du sujet initial : Sentiment, ressenti et sensation. Revenons donc à nos moutons. Pas d’inquiétude, ce dernier paragraphe sera plus court que les précédents.

Ce dernier sentiment, cette dernière sensation je l’ai plutôt ressentie en Thaïlande, pas dans les Antilles. Sans doute est-ce du au fait que j’ai enfin trouvé le pays qui correspond à mes valeurs, à mes attentes ? En tout état de cause, parfois, selon les endroits et aussi durant ces instants où j’ai ce sentiment d’être un privilégié, j’ai cette bizarre impression d’être enfin revenu chez moi, d’être de retour à la maison. Un peu comme si le concept Bouddhiste de la réincarnation existait vraiment et que j’avais déjà vécu une autre vie ici.

Personnellement je ne crois pas en la réincarnation. Je sais que c’est juste un ressenti, un sentiment que je tente d’expliquer par cette image du “déjà vécu”. En tout état de cause, cet ensemble de sentiments et de sensations est le signal fort que j’ai enfin trouvé mon petit coin de paradis, mon équilibre, ma joie et mes raisons de vivre. Je ne peux que souhaiter que chaque lecteur, que chaque voyageur, que chaque rêveur, trouve aussi son eldorado, son éden personnel, et s’épanouisse pleinement dans sa nouvelle vie.

En espérant que mes divers partages aident le plus grand nombre à s’orienter et à prendre les meilleurs décisions.


D’autres informations sur l’expatriation en Thaïlande grâce aux vidéos de ma chaine youtube.

Sentiment, ressenti, sensation, ce que nous n’osons pas toujours dire

Cet article a 5 commentaires

  1. Richard Mambour

    Très bien écrit… Mais je me pose la question pourquoi s’expatrier ? Le bonheur doit-il être systématiquement ailleurs ou peut-on être heureux à n’importe quel endroit ? Personnellement je crois que l’expatriation est due principalement au fait d’avoir rencontré une personne d’un autre pays.. mais peut-être que ce n’est pas la seule raison, c’edt d’avoir trouvé un pays où on se sent bien ? Difficile à déterminer la raison d’une expatriation.. Celui qui trouve une région de son nouveau pays d’adoption formidable est quand même un peu influencé par sa compagne… Et pour conclure, je crois qu’on peut être heureux n’importe où, le bonheur est en soi-même

    1. siamexpat

      Ce serait une erreur de croire que toutes les expatriations sont le fruit de rencontres avec un ou une partenaire de vie. Je connais nombre d’expatriés qui se sont installés en Thaïlande en étant célibataires et qui ont rencontré ensuite leur compagne. Mais le but initial de cette installation n’avait rien à voir avec la recherche de l’âme soeur.

      1. Richard Mambour

        Je n’ai pas dit que toutes les expatriations étaient le fruit de rencontre avec un ou une partenaire de vie.. Disons alors qu’il y en a beaucoup… et que toutes les expatriations que je connais sont dans ce cas-là.. 😊😊

  2. Lola

    Un très bel article. Les chutes du Carbet, ton moment magique en Guadeloupe ? Si oui, c’est assez incroyable car j’avais ressenti la même chose. J’étais avec une amie, nous nous étions fait surprendre par la pluie et n’étions restées que deux minutes devant les chutes, de peur que les cours d’eau remontent et rendent le retour dangereux. Mais ce fût deux minutes d’extase. J’étais fatiguée, couverte de boue de la tête aux pieds… mais aux anges.
    Et la maison… hors de mon sac à dos, j’ai ressenti ça trois fois. En Australie, surtout à Brisbane et dans le QLD en général, à New York, et en Argentine. La maison. Ce que c’est bon… merci à toi d’avoir mis des mots sur ces sensations.
    Bon vent !

    1. siamexpat

      Non moi c’était à un cascade moins connue, le saut de bras de fort.
      https://www.youtube.com/watch?v=FBggmAe_w98
      Vous avez bien fait de vous éloigner de la rivière lors d’un orage, les eaux peuvent monter très vite.
      En vous souhaitant encore plein de découvertes et bien sûr plein de ces sensations uniques.

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