La fiscalité thaïlandaise pour les étrangers a connu une transformation majeure depuis janvier 2024. Les ordonnances Paw 161 et 162 du Revenue Department, publiées en septembre 2023, ont redéfini les règles d’imposition des revenus étrangers pour les résidents fiscaux thaïlandais. Depuis, tout revenu étranger transféré en Thaïlande par un résident de plus de 180 jours par an est potentiellement imposable. Un projet d’assouplissement est en cours depuis 2025, mais n’est pas encore entré en vigueur au moment de la rédaction de cet article. Voici l’état exact du droit applicable et ce que vous devez anticiper.
La résidence fiscale en Thaïlande : le seuil des 180 jours
En Thaïlande, la résidence fiscale est déterminée par un critère simple : toute personne qui séjourne en Thaïlande pendant 180 jours ou plus au cours d’une année civile est considérée comme résidente fiscale thaïlandaise. Ce seuil s’applique à tous — ressortissants thaïlandais et étrangers confondus.
La résidence fiscale a deux conséquences directes :
- Vous êtes soumis à l’impôt sur le revenu thaïlandais pour tous vos revenus de source thaïlandaise
- Depuis janvier 2024, vous pouvez également être imposé sur vos revenus de source étrangère transférés en Thaïlande
Un non-résident fiscal (moins de 180 jours en Thaïlande) n’est imposé qu’sur ses revenus de source thaïlandaise.
La grande réforme de 2024 : les ordonnances Paw 161 et 162
Pendant plus de 40 ans, la règle fiscale thaïlandaise était simple et avantageuse pour les expatriés : seuls les revenus étrangers transférés en Thaïlande la même année que leur génération étaient imposables. Il suffisait d’attendre l’année suivante pour rapatrier ses fonds sans impôt.
Les ordonnances n° 161 et 162 du Revenue Department, publiées au Journal officiel le 15 septembre 2023 et entrées en vigueur le 1er janvier 2024, ont mis fin à cette pratique. Depuis cette date :
- Tout revenu étranger transféré en Thaïlande est imposable, quelle que soit l’année de sa génération
- Un résident fiscal qui rapatrie en 2024 des revenus générés en 2020 doit les déclarer
- Les revenus générés avant le 1er janvier 2024 restent exonérés, quelle que soit la date de leur transfert (protection accordée par l’ordonnance Por 162)
Le projet d’assouplissement de 2025 — suspendu
Face aux critiques massives des expatriés et à une fuite estimée de plus de 2 000 milliards de THB conservés hors de Thaïlande, le Revenue Department a annoncé en mai 2025 un projet d’amendement. Ce projet prévoyait d’exonérer les revenus étrangers générés à partir du 1er janvier 2024 s’ils sont transférés en Thaïlande dans l’année de leur perception ou l’année suivante (fenêtre de deux ans).
Cependant, ce projet a été suspendu suite à la dissolution du Parlement thaïlandais avant les élections générales du 8 février 2026. Aucune avancée législative n’est attendue avant la formation d’un nouveau gouvernement. Il serait imprudent de baser toute décision financière sur ce projet non adopté.
Les règles issues des ordonnances Paw 161 et 162 restent donc entièrement en vigueur pour les revenus de 2024 et 2025. Un suivi régulier de l’évolution législative et un conseil professionnel sont indispensables.
Le barème progressif de l’impôt sur le revenu
L’impôt sur le revenu des personnes physiques (Personal Income Tax — PIT) est progressif en Thaïlande. Les mêmes tranches s’appliquent aux ressortissants thaïlandais et aux étrangers résidents fiscaux.
| Revenu net imposable (THB/an) | Taux applicable |
|---|---|
| 0 à 150 000 | 0 % (exonéré) |
| 150 001 à 300 000 | 5 % |
| 300 001 à 500 000 | 10 % |
| 500 001 à 750 000 | 15 % |
| 750 001 à 1 000 000 | 20 % |
| 1 000 001 à 2 000 000 | 25 % |
| 2 000 001 à 5 000 000 | 30 % |
| Au-delà de 5 000 000 | 35 % |
Chaque taux s’applique uniquement à la tranche correspondante, pas au revenu total. Le taux marginal maximum est de 35 %.
Les principales déductions et abattements
Avant d’appliquer le barème, plusieurs déductions réduisent le revenu imposable :
- Abattement personnel : 60 000 THB par contribuable
- Abattement conjoint : 60 000 THB si le conjoint n’a pas de revenus propres
- Abattement enfant : 30 000 THB par enfant (sans limite de nombre)
- Abattement parent à charge : 30 000 THB par parent de plus de 60 ans avec revenus inférieurs à 30 000 THB/an
- Déduction revenus d’emploi : 50 % du revenu brut, plafonnée à 100 000 THB
- Assurance vie : primes jusqu’à 100 000 THB déductibles
- Assurance santé : primes jusqu’à 25 000 THB déductibles
- Fonds de retraite (RMF/SSF) : jusqu’à 500 000 THB combinés
- Dons à des organismes agréés : jusqu’à 10 % du revenu après déductions
Les revenus exonérés d’impôt en Thaïlande
Certains revenus sont exonérés d’impôt thaïlandais, même pour les résidents fiscaux :
- Revenus de source étrangère générés avant le 1er janvier 2024, quelle que soit la date de leur transfert en Thaïlande
- Héritages et donations (dans certaines limites)
- Revenus couverts par une convention de double imposition qui attribue le droit d’imposition à l’autre État
- Revenus des titulaires du visa LTR (Long-Term Resident) travaillant à distance pour des employeurs étrangers — exonération spécifique prévue par le programme LTR
La convention de double imposition France — Thaïlande
La France et la Thaïlande ont signé une convention de double imposition (CDI) qui détermine quel État a le droit d’imposer chaque type de revenu. Cette convention est essentielle pour les résidents français en Thaïlande.
Les grandes lignes :
- Revenus d’emploi : imposables dans l’État où l’activité est exercée
- Pensions privées : imposables dans l’État de résidence (donc en Thaïlande pour un retraité résident fiscal thaïlandais)
- Pensions publiques (fonctionnaires, retraites militaires) : imposables uniquement en France
- Dividendes : imposables dans les deux États, avec un crédit d’impôt pour éviter la double imposition
- Revenus immobiliers : imposables dans l’État où est situé le bien
La Belgique et la Suisse disposent également de conventions de double imposition avec la Thaïlande, avec des règles similaires mais des spécificités propres à chaque traité.
L’impôt sur les sociétés en Thaïlande
Pour les entrepreneurs étrangers qui créent une société en Thaïlande, l’impôt sur les sociétés (Corporate Income Tax — CIT) s’applique aux bénéfices réalisés en Thaïlande :
- Taux standard : 20 % sur le bénéfice net
- PME (capital inférieur à 5 millions de THB et revenus inférieurs à 30 millions de THB) : taux réduit de 15 % sur les premiers 300 000 THB de bénéfice, 20 % au-delà
- Sociétés BOI : exonération totale d’IS pendant 3 à 8 ans selon le secteur et le projet, puis taux standard
La TVA en Thaïlande
La TVA thaïlandaise (VAT) s’applique à la plupart des ventes de biens et services :
- Taux standard : 7 % (taux temporaire maintenu depuis plusieurs années, le taux légal est de 10 %)
- Seuil d’assujettissement : chiffre d’affaires annuel supérieur à 1,8 million de THB
- Taux zéro : pour les exportations de biens et services
Les obligations déclaratives
Tout résident fiscal thaïlandais qui a des revenus imposables doit déposer une déclaration de revenus :
- Formulaire PND 90 : pour les revenus autres que les salaires (revenus d’entreprise, revenus étrangers, loyers, etc.)
- Formulaire PND 91 : pour les revenus salariaux uniquement
- Délai de dépôt : avant le 31 mars de l’année suivant l’année fiscale
- Pénalités : amende de 100 % à 200 % de l’impôt dû en cas d’omission, plus une surtaxe mensuelle de 1,5 %
En résumé
- Tout étranger résidant en Thaïlande plus de 180 jours par an est résident fiscal thaïlandais et soumis à l’impôt sur ses revenus thaïlandais et potentiellement étrangers.
- Depuis le 1er janvier 2024, tout revenu étranger transféré en Thaïlande est imposable, quelle que soit son année de génération — sauf les revenus générés avant 2024 (protégés par Por 162).
- Un projet d’assouplissement (exonération si transfert dans l’année ou l’année suivante) est annoncé mais pas encore adopté en juin 2026.
- Le barème de l’impôt sur le revenu est progressif, de 0 % à 35 %, avec les mêmes taux pour les Thaïlandais et les étrangers.
- La convention de double imposition France-Thaïlande protège contre la double imposition sur la plupart des types de revenus.
- L’impôt sur les sociétés est de 20 % (taux standard), avec des exonérations BOI jusqu’à 8 ans.
- La déclaration de revenus doit être déposée avant le 31 mars de l’année suivante. Les pénalités en cas d’omission peuvent atteindre 200 % de l’impôt dû.
Questions fréquentes sur la fiscalité en Thaïlande pour les étrangers
Q : Un étranger qui vit en Thaïlande doit-il payer des impôts thaïlandais ?
R : Oui, dès lors qu’il y réside plus de 180 jours par an. Il est alors considéré comme résident fiscal thaïlandais et soumis à l’impôt sur ses revenus de source thaïlandaise et, depuis 2024, sur ses revenus étrangers transférés en Thaïlande.
Q : Ma retraite française est-elle imposable en Thaïlande ?
R : Cela dépend du type de retraite. Les pensions de retraite privées sont en principe imposables en Thaïlande pour un résident fiscal thaïlandais. Les pensions publiques (fonctionnaires de l’État, militaires) restent imposables uniquement en France selon la convention de double imposition franco-thaïlandaise. Dans tous les cas, un conseil fiscal personnalisé est recommandé.
Q : Qu’est-ce qui a changé depuis janvier 2024 pour les revenus étrangers ?
R : Avant 2024, seuls les revenus étrangers transférés en Thaïlande la même année que leur génération étaient imposables. Depuis 2024, tout revenu étranger transféré en Thaïlande est imposable, quelle que soit son année de génération. Les revenus générés avant le 1er janvier 2024 restent exonérés, quelle que soit la date de leur transfert.
Q : La Thaïlande a-t-elle une convention fiscale avec la France ?
R : Oui. La France et la Thaïlande ont signé une convention de double imposition qui détermine quel État a le droit d’imposer chaque type de revenu (salaires, dividendes, pensions, revenus immobiliers). Cette convention protège les résidents français en Thaïlande contre la double imposition.
Q : Quel est le taux d’imposition maximum en Thaïlande ?
R : Le taux marginal maximum est de 35 %, applicable aux revenus nets imposables dépassant 5 millions de THB par an. Le taux est progressif — chaque tranche est taxée à son propre taux, pas l’ensemble du revenu.
Q : Les titulaires du visa LTR sont-ils exonérés d’impôt sur leurs revenus étrangers ?
R : Oui, sous conditions. Le programme LTR prévoit une exonération spécifique pour les revenus de source étrangère des titulaires qui travaillent à distance pour des employeurs étrangers. Cette exonération est l’un des avantages majeurs du visa LTR pour les télétravailleurs et cadres internationaux.
Q : Quand doit-on déposer sa déclaration de revenus en Thaïlande ?
R : Avant le 31 mars de l’année suivant l’année fiscale. Pour les revenus de 2025, la déclaration devait être déposée avant le 31 mars 2026. Les pénalités en cas de retard ou d’omission peuvent atteindre 100 % à 200 % de l’impôt dû, plus une surtaxe mensuelle de 1,5 %.
Q : Une société thaïlandaise promue par le BOI paye-t-elle l’impôt sur les sociétés ?
R : Les sociétés BOI bénéficient d’une exonération totale d’impôt sur les sociétés pendant 3 à 8 ans selon le secteur et la nature du projet. À l’issue de cette période d’exonération, le taux standard de 20 % s’applique.
Conclusion
La fiscalité thaïlandaise pour les étrangers est en pleine évolution. La réforme de 2024 sur les revenus étrangers a créé une période d’incertitude qui n’est pas encore entièrement résolue en 2026. Dans ce contexte, l’anticipation et la planification fiscale sont devenues indispensables pour tout expatrié résidant en Thaïlande plus de 180 jours par an — qu’il soit salarié, retraité, entrepreneur ou investisseur.
Si vous souhaitez faire le point sur votre situation fiscale en Thaïlande ou préparer votre déclaration de revenus, contactez notre équipe. Nous vous accompagnons dans toutes vos démarches fiscales en Thaïlande.






